L'étude Sleep Chart, conduite par le consortium international MULTI et publiée dans Nature, s'appuie sur la UK Biobank, une cohorte britannique de près de 500 000 adultes âgés de 37 à 84 ans au moment du recueil. Les chercheurs ont croisé la durée de sommeil auto-déclarée avec 23 marqueurs de vieillissement biologique, calculés à partir de l'IRM multi-organes, de la protéomique plasmatique et de la métabolomique. Neuf de ces 23 horloges affichent une relation en forme de U, statistiquement significative, avec la durée de sommeil : l'écart d'âge biologique est le plus faible entre environ 6,4 et 7,8 heures, la valeur précise variant selon l'organe étudié et le sexe. En deçà de six heures comme au-delà de huit, le risque de décès toutes causes augmente nettement : de 50 % pour le sommeil court (risque relatif de 1,50, IC 95 % de 1,44 à 1,55) et de 40 % pour le sommeil long (1,40, IC 95 % de 1,36 à 1,44), par rapport à une durée de 6 à 8 heures. Une synthèse est disponible sur le site de Nature.
Précision méthodologique : ces chiffres proviennent d'une cohorte exclusivement britannique et ne se transposent pas mécaniquement à la population française. La UK Biobank surreprésente historiquement des volontaires en meilleure santé que la moyenne, elle est composée presque uniquement de personnes d'ascendance européenne, et aucun participant n'avait moins de 37 ans au moment du recueil, ce qui exclut les jeunes adultes de l'analyse. La durée de sommeil y est en outre auto-déclarée par questionnaire, une mesure plus subjective qu'un enregistrement actigraphique. Aucune donnée équivalente, combinant cette échelle et ces horloges de vieillissement multi-organes, n'existe à ce jour pour la population française.
Une courbe en U, pas un chiffre unique
Le résultat central de l'étude n'est pas un seuil unique mais une courbe en U qui varie d'un organe à l'autre. Le marqueur protéomique du cerveau atteint son minimum de vieillissement autour de 7,8 heures de sommeil chez les femmes et 7,7 heures chez les hommes, quand le marqueur d'imagerie du même organe se stabilise plutôt vers 6,5 heures. Le marqueur métabolique lié au système endocrinien affiche un optimum encore plus bas, entre 6,1 et 6,7 heures selon le sexe. Pour un lecteur qui cherche un repère simple, la conclusion pratique tient en une fourchette large : viser une durée comprise entre 6 et 8 heures protège la quasi-totalité des systèmes mesurés par l'étude, plutôt qu'un chiffre rond unique comme « 7 heures » ou « 8 heures ».
Plus de 150 maladies associées aux deux extrêmes
Au-delà des marqueurs biologiques, l'étude relie les durées de sommeil courtes et longues à un risque accru pour plus de 150 pathologies, identifiées par corrélation génétique et par le suivi clinique des participants. Le sommeil court concentre les associations les plus larges : maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, troubles musculosquelettiques comme les lombalgies, mais aussi dépression, anxiété et troubles digestifs. Le sommeil long, lui, présente un profil plus resserré, concentré sur des pathologies neuropsychiatriques telles que la dépression sévère, la schizophrénie, le trouble bipolaire ou le trouble déficitaire de l'attention. Cette asymétrie suggère que dormir trop peu et dormir trop ne relèvent pas du même mécanisme biologique, même si les deux se traduisent par un vieillissement accéléré.
Durée ou régularité : deux focales qui se complètent
Ce résultat peut sembler entrer en tension avec une autre étude déjà présentée ici, qui associait la régularité et l'horaire du coucher à 172 maladies mesurées par capteur chez près de 90 000 adultes britanniques, en plaçant ce rythme devant la seule durée. Les deux travaux ne mesurent pourtant pas la même chose : l'un suit la stabilité des horaires de coucher et de lever grâce à un capteur porté au poignet, l'autre compare une durée de sommeil déclarée une fois par questionnaire à des marqueurs moléculaires et d'imagerie du vieillissement. Pris ensemble, ces deux résultats convergent plutôt qu'ils ne s'opposent : la quantité de sommeil compte pour l'âge biologique des organes, et la régularité du rythme compte pour le risque de maladie au quotidien. Un lecteur soucieux de son sommeil a donc intérêt à surveiller les deux paramètres plutôt qu'à en choisir un seul.
Où se situe la France par rapport à cette fenêtre
Selon l'enquête OpinionWay pour l'Institut national du sommeil et de la vigilance et la Fondation VINCI Autoroutes, publiée en mars 2026, les Français dorment en moyenne 6 h 50 en semaine, quatorze minutes de moins que l'année précédente. Un quart d'entre eux déclare dormir moins de six heures par nuit, un seuil qui correspond à la catégorie « sommeil court » de l'étude Sleep Chart. Cette proximité ne permet pas de conclure que ces dormeurs vieillissent plus vite : l'enquête OpinionWay mesure une durée déclarée sur une population française, quand l'étude Nature mesure des marqueurs biologiques sur une cohorte britannique distincte. Elle situe néanmoins une partie significative des dormeurs français dans la zone que l'étude associe au risque le plus élevé, ce qui donne à la fourchette de 6 à 8 heures une portée plus concrète qu'un simple repère théorique.
Ce qu'il faut retenir
L'étude ne fixe pas un chiffre magique mais une fourchette, comprise entre 6,4 et 7,8 heures selon les organes et le sexe, en dehors de laquelle le vieillissement biologique s'accélère et le risque de décès toutes causes augmente de 40 à 50 %. Elle ne dit pas que la durée de sommeil est le seul paramètre qui compte : une autre étude portant sur la régularité des horaires arrive à des conclusions complémentaires, pas contradictoires. Elle ne dit pas non plus que ces résultats, obtenus sur des adultes britanniques de 37 ans et plus, s'appliquent tels quels à de plus jeunes adultes ou à la population française : c'est un angle mort que seule une cohorte française de taille comparable, combinant durée de sommeil et marqueurs de vieillissement multi-organes, pourrait combler.
Sources
The MULTI Consortium et al., « Sleep chart of biological ageing clocks in middle and late life », Nature, 13 mai 2026. Cohorte UK Biobank, environ 500 000 adultes de 37 à 84 ans, 23 horloges de vieillissement biologique. Lire l'étude
Heidi Ledford, « Sleep linked to slower ageing: huge study pinpoints the right amount », Nature, 13 mai 2026. Lire la synthèse
Wang Y. et al., « Phenome-wide analysis of diseases in relation to objectively measured sleep traits », Health Data Science, 2025. Cohorte britannique de 88 461 adultes suivis par capteur. Lire l'étude
Enquête OpinionWay pour l'Institut national du sommeil et de la vigilance et la Fondation VINCI Autoroutes, 26e Journée du sommeil, mars 2026. Échantillon national représentatif d'adultes français. Lire l'enquête