À l'automne 2023, la France a cru que ses transports en commun étaient envahis. Les vidéos tournaient, les rendez-vous de désinsectisation se prenaient à trois semaines, le sujet est monté jusqu'au gouvernement. Trois ans plus tard, il est possible de faire la part de ce qui a été mesuré et de ce qui a été ressenti. Ce dossier ne cherche ni à minimiser ni à dramatiser : il pose les seuls chiffres que les sources publiques permettent d'avancer, et il dit ce qu'ils ne permettent pas de conclure.

Le chiffre le plus cité, et le plus mal lu
Le chiffre de référence vient de l'ANSES : 11 % des foyers français ont été confrontés à une infestation entre 2017 et 2022. Il a été partout, souvent sous la forme « 11 % des Français ont des punaises de lit ». Ce n'est pas ce qu'il dit. Il s'agit d'une prévalence cumulée sur six ans, pas d'une photographie de l'instant. Un foyer touché en 2018 et traité depuis entre dans ce pourcentage.
La différence n'est pas rhétorique : selon la lecture, on parle d'un phénomène de fond ou d'une épidémie en cours. La donnée disponible autorise la première interprétation, pas la seconde.
La progression, elle, est réelle
Dire que le chiffre a été mal lu n'est pas dire qu'il ne s'est rien passé. L'été 2023 enregistre une hausse d'environ 65 % des interventions professionnelles par rapport à l'été précédent. Sur l'ensemble de l'année, la filière fait état de plus de 1,3 million d'interventions en France, dont plus de 100 000 signalements pour la seule ville de Paris.
Trois causes convergent, et aucune n'est nouvelle : la reprise du trafic de voyageurs après les années de restriction, la résistance croissante des populations d'insectes aux insecticides pyréthrinoïdes, et la densité de l'habitat urbain qui facilite la propagation entre logements mitoyens.
Ce que la donnée ne dit pas
Il faut être explicite sur les angles morts. Aucune source publique ne donne le nombre de foyers infestés à un instant T. Aucune ne mesure la durée ni la gravité des infestations — un lit traité en une visite et un immeuble infesté depuis deux ans comptent pareil. Aucune, enfin, ne permet de dire si la tendance a continué de monter depuis 2023, s'est stabilisée ou a reflué. Les chiffres d'interventions dépendent aussi de la propension à appeler un professionnel, qui a mécaniquement augmenté avec la médiatisation.

Ce que disent les chiffres
Trois conclusions tiennent. La prévalence est significative mais pas majoritaire : onze foyers sur cent en six ans. La progression de 2023 est documentée et réelle, l'emballement médiatique l'a amplifiée sans l'inventer. Et le principal facteur de risque reste le transport — bagages, meubles d'occasion, textiles rapportés d'un séjour — bien avant l'hygiène du logement, contre laquelle le stigmate persiste sans fondement.
Côté literie, la réponse concrète est modeste mais efficace : une housse de matelas intégrale à fermeture enferme une population existante et empêche une nouvelle installation dans les coutures, qui sont le refuge principal. Les protège-matelas imperméables et les alèses jouent un rôle complémentaire, sans se substituer à un traitement professionnel.
Questions fréquentes
Comment reconnaître une infestation ?
Trois signes convergents : piqûres alignées ou groupées au réveil, petites taches noires (déjections) dans les coutures du matelas et le sommier, et parfois des mues translucides. Un seul signe ne suffit pas à conclure.
Faut-il jeter son matelas ?
Rarement. Un traitement professionnel, complété par une housse intégrale maintenue en place plusieurs mois, suffit dans la majorité des cas. Jeter un matelas mal emballé est même un facteur de propagation dans l'immeuble.
Une housse anti-punaises est-elle efficace ?
Elle ne tue pas les insectes : elle les enferme et les prive d'accès. C'est une mesure d'accompagnement utile et peu coûteuse, à condition qu'elle soit intégrale, à fermeture éclair, et laissée en place suffisamment longtemps.
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