En 1966, deux ingénieurs travaillant pour le centre de recherche Ames de la NASA, Chiharu Kubokawa et Charles Yost, cherchent à amortir les chocs subis par les passagers d'un avion. Ils mettent au point une mousse viscoélastique qui se déforme sous la pression et reprend lentement sa forme. Ce n'est pas un produit de literie : c'est un dispositif de sécurité. Il faudra vingt-cinq ans pour qu'un dormeur puisse s'allonger dessus.

Un brevet libéré que personne ne savait exploiter
Au début des années 1980, la NASA verse la technologie dans le domaine public. On pourrait croire que la commercialisation suit immédiatement. Elle ne suit pas. Le procédé de fabrication est instable, coûteux, difficile à reproduire à l'échelle industrielle, et très peu d'entreprises acceptent de s'y risquer. La mousse reste cantonnée à des usages médicaux de niche, notamment la prévention des escarres.
C'est un fabricant suédois, Fagerdala World Foams, qui franchit le pas. En 1991 paraît le « Tempur-Pedic Swedish Mattress », premier matelas grand public en mousse à mémoire de forme. L'entreprise qui en naîtra, Tempur, deviendra l'un des acteurs majeurs de la literie mondiale. Vingt-cinq ans entre la matière et le produit : c'est le vrai enseignement de cette histoire, et il vaut pour beaucoup d'innovations de rupture.
Ce que la mousse a remplacé
Le matelas français d'avant, c'est le ressort biconique : une carcasse de ressorts en forme de sablier, reliés entre eux, robuste, bruyante, et solidaire — quand l'un bouge, tous bougent. Il a équipé les chambres françaises pendant des décennies.
Son effacement est spectaculaire. Sur les 1 298 matelas de notre catalogue classés par technologie de garnissage, il n'en reste que 7, soit 0,5 %. Le ressort biconique n'a pas disparu, il est devenu une curiosité d'entrée de gamme. Ce qui l'a remplacé côté ressorts, c'est le ressort ensaché, chaque ressort logé dans son propre sachet de tissu, donc indépendant : 298 références, deuxième technologie du catalogue.
Mousse 775, ressorts 305
Additionnons les familles. La mousse — mémoire de forme (433), haute densité (210), polyuréthane (63), pliable (57) et mousse générique (12) — pèse 775 références. Les ressorts, biconiques et ensachés confondus, en pèsent 305. La mousse représente donc 2,5 fois l'offre à ressorts.
Entre les deux, les hybrides mousse et ressorts (182) et latex et ressorts (28) construisent la synthèse : la portance du ressort, l'accueil de la mousse. Le latex naturel, lui, reste marginal en nombre de références (8) alors qu'il est très présent dans le discours commercial — un écart intéressant entre ce dont on parle et ce qui se vend.

Ce que disent les chiffres
Premièrement, une innovation de rupture met une génération à trouver son marché : la mousse à mémoire de forme n'a rien eu d'immédiat. Deuxièmement, la victoire de la mousse est écrasante en nombre de références, mais elle ne dit rien de la préférence des dormeurs à budget égal — l'offre suit le coût de production autant que la demande. Troisièmement, la vraie ligne de partage n'oppose plus mousse et ressorts, mais couchage solidaire et couchage indépendant : c'est ce que le ressort ensaché et la mousse ont en commun, et ce que le biconique n'avait pas.
Questions fréquentes
La mousse à mémoire de forme vient-elle vraiment de la NASA ?
Oui. Elle a été développée en 1966 pour les sièges d'aéronef au centre Ames de la NASA, puis versée dans le domaine public au début des années 1980. Le premier matelas grand public date de 1991.
Mousse ou ressorts ensachés : que choisir ?
La mousse enveloppe et amortit mieux les points de pression ; le ressort ensaché ventile mieux et soutient davantage les gabarits lourds. Les hybrides visent le compromis. La sensation de chaleur est le principal reproche fait à la mousse.
Le ressort biconique est-il à éviter ?
Il n'est pas dangereux, il est simplement dépassé sur l'indépendance de couchage et la durabilité. À budget très serré, une mousse haute densité offre généralement un meilleur rapport confort-prix.
💡 Vous voulez savoir laquelle de ces technologies convient à votre morphologie ? Voir notre comparatif des matelas à mémoire de forme
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